Philippe Vasseur « pour rev3, 2018 est l’année de l’accélération »

Nous nous sommes inscrits dès le départ dans une logique de projets.

Fusion Nord Pas-de-Calais Picardie, alternance politique, gouvernance, champs d’excellences… Fraîchement nommé président de la mission Rev3, qui réunit désormais les services de la CCI et ceux de la Région autour de la Troisième révolution industrielle, Philippe Vasseur fait le bilan d’une démarche qui s’apprête à connaître une phase de sérieuse accélération.

Quel regard portez-vous sur les cinq années écoulées depuis le lancement de Rev3 ?

Philippe Vasseur – Nous nous sommes inscrits dès le départ dans une logique de projets en dotant la région d’une vision à long terme, avec pour objectif une mutation économique qui concerne à la fois la transition énergétique, les révolutions technologiques… Dès le départ, le monde politique et le monde économique ont choisi d’avancer de concert, sans s’arrêter à d’éventuelles divergences. Au fil des ans, les différentes élections ont amené de nouveaux responsables, que ce soit au niveau régional ou à la chambre de commerce. Le projet est resté intact : en prenant la tête du Conseil régional, Xavier Bertrand a non seulement repris le projet engagé par Daniel Percheron, mais a clairement affirmé sa volonté de l’amplifier et de l’étendre à l’ensemble des Hauts-de-France, en intégrant la Picardie à une démarche initialement pensée à l’échelle du seul Nord Pas-de-Calais.

Ce choix allait-il de soi ?

Je n’ai jamais été réellement inquiet. Lors de la campagne des régionales, j’avais pris contact au nom de la CCI de région avec les neuf listes en présence et pris le temps d’échanger avec les différents candidats sur ce sujet. Xavier Bertrand avait très tôt pris l’engagement clair de s’inscrire dans une logique de continuité, voire d’accélération avec la création de la mission dont il m’a chargé depuis, en lien avec président de la CCI de région Philippe Hourdin. Les structures d’ailleurs légères que nous avions mis en place en 2013 continuent d’exister, à commencer par le Forum d’orientation, sorte de parlement qui réunit toujours deux à trois fois par an les acteurs concernés. Les équipes qui travaillent sur le projet à la région et à la CCI ont été réunies pour multiplier les passerelles entre deux échelles d’action, en direction des territoires d’une part et des entreprises d’autre part. Chacun conserve ses compétences et ses cibles, mais cette fusion favorise une meilleure efficacité de la démarche, une fois franchie une nécessaire phase d’adaptation.

Êtes-vous, en quelque sorte, le visage d’une démarche très associée à ses débuts à l’image de Jeremy Rifkin ?

La personnalité et la réputation de Rifkin ont permis de lancer le projet dans de bonnes conditions en focalisant l’attention autour d’une grande figure que personne ne pouvait soupçonner de caresser une quelconque ambition politique ou régionale. C’était important en termes d’engagement et de communication. J’ai toujours dit que Rifkin était un totem. Son implication a permis de mettre tout le monde autour d’une table et de lever d’éventuelles réticences. Il a été un catalyseur mais la région peut et doit évidemment avancer par elle-même. Mon rôle consiste à piloter, à animer et à cordonner une dynamique collective qui vise à transformer l’économie du territoire. Je suis pour cette mission mandaté par Xavier Bertrand, président du Conseil régional et Philippe Hourdain, président de la CCI de région. Et je travaille en étroite coopération avec Philippe Rapeneau, vice-président du Conseil régional chargé de la transition écologique, de la troisième révolution industrielle et de la bioéconomie, ainsi qu’avec Louis-Philippe Blervacque, président de la commission Rev3 à la CCI de région.

L’objectif affiché est clair : accélérer la dynamique. Pourquoi maintenant ?

En cinq ans, Rev3 a débouché sur un nombre remarquable d’initiatives et d’actions dans tous les domaines. La mise en place d’une mission dédiée et la réunion des équipes ne sont jamais que le moyen de capitaliser au mieux sur cette sorte de force cinétique déjà accumulée, pour donner davantage d’élan encore à la démarche. C’est tout le sens des dix chantiers structurants présentés aux médias en début d’année (cf. encart) : outre une meilleure visibilité, cette manière de procéder permettra la mise en place de stratégies de financements optimisées, notamment au niveau de l’Union européenne. Nous ne partons évidemment pas de rien et les projets déjà engagés s’inscrivent pleinement dans ces dix axes, destinés à leur donner plus de force, par exemple dans le domaine de l’économie circulaire : les initiatives sont légion, reste à leur donner une plus forte cohérence. La bioéconomie, de son côté, intègre tout le travail déjà mené en matière de biométhanisation, sujet pour lequel les Hauts-de-France font figure de pilote.

La région est vaste et diversifiée. Avance-t-on partout au même rythme ?

Cette dimension territoriale est essentielle, d’autant que chaque territoire a ses propres atouts et ses propres caractéristiques. Beaucoup sont volontaires pour s’impliquer : il faut leur fournir un appui, de la visibilité, faciliter les liens entre eux… C’est une manière d’avancer par l’exemple : montrer quelque chose qui fonctionne, quelque chose de concret, vaut tous les discours en termes de force de conviction. Le but est de créer de l’émulation en permettant à tous les acteurs de s’emparer de la démarche, sans céder à la tentation de procéder de manière très descendante. Il faut de l’agilité pour réussir la triple révolution industrielle !

Triple et plus troisième ?

Il y a une sorte de compétition entre un certain nombre d’experts qui aiment bien parler de quatrième, voire de cinquième ou de sixième révolution industrielle. Ce n’est pas la course au numéro qui compte mais bien le fait que l’économie de demain englobe des questions qui relèvent de la pure technologie, de l’énergie et du vivant, autour de la bioéconomie. C’est en ce sens qu’il s’agit d’une triple révolution.

La transition économique est étroitement liée aux interrogations sur l’emploi. Pensez-vous que Rev3 va créer de l’activité ?

Je me suis toujours refusé à tirer un quelconque bilan chiffré précis en matière d’emploi. Les activités nouvelles peuvent créer de l’emploi comme elles peuvent en sauvegarder ou en transformer d’autres. Ce qui est certain, c’est que ces nouvelles filières et les nouveaux métiers créent de l’emploi, mais le futur est plein d’incertitudes. Prenons le cas des moteurs thermiques : alors qu’un pays comme la Norvège a annoncé qu’elle allait en interdire la vente en 2025, la question de leur disparition se pose à plus ou moins brève échéance. Quelles en seraient les conséquences dans une région comme la nôtre, où un certain nombre d’entreprises sont liées à ce type de motorisation ? La question est de savoir si la mutation de l’industrie automobile se fera chez nous, dans une région où elle est traditionnellement implantée, ou ailleurs. Quels seront les métiers et les compétences clefs de demain ? Que sera l’organisation du travail dans vingt ou trente ans ? Pensez seulement à ce qu’a changé le smartphone en moins de dix ans… Personne ne peut encore dire quelles seront les conséquences de ces transformations, mais nous nous donnons les moyens de ne pas nous laisser distancer et mieux, de prendre un temps d’avance.

Quel est le type d’entreprises et de partenaires que vous cherchez en priorité à accompagner ?

Les grandes entreprises déploient depuis longtemps leurs propres stratégies, mais sont en revanche des partenaires essentiels. Vis-à-vis du monde économique, nous devons faire un effort particulier sur les TPE, les PME et les ETI, avec un accompagnement très pragmatique, conçu pour les aider à lever certains freins et à s’engager dans une transition de leurs manières de travailler. Les liens sont également étroits avec un monde universitaire lui-même en pleine transition : l’université de Lille a achevé sa fusion, l’Université catholique est pilotée par un président-recteur qui porte avec beaucoup de force ces questions de transitions énergétique et économique. Et d’autres universités, dans la région sont fortement impliquées… Mais le monde économique et le monde universitaire ne sont pas les seuls visés : je crois qu’il est essentiel d’impliquer davantage le grand public, par exemple en imaginant différents modes d’intervention dans les lycées de la région, pour toucher très tôt la jeune génération.

Que vous manque-t-il aujourd’hui pour accélérer ?

Nous disposons d’un projet et d’une vision clairs, nous pouvons mettre en avant nos premiers résultats et nous disposons d’outils d’ingénierie financiers adaptés, comme CAP 3RI, la société d’investissement créée pour investir dans les entreprises de la région impliquées dans la Troisième révolution industrielle. Désormais, nous avons besoin de gérer le projet dans la durée, ce qui n’est pas si simple : il faut à la fois aller très vite et laisser le temps au temps. Un projet de transition écologique, sociale et économique comme celui qui se déploie sur le campus et le quartier Vauban-Esquermes, dans le cadre de Live Tree, recoupe des enjeux lié à l’urbanisme, aux réseaux intelligents, à la production et au stockage d’énergie… Et passe par des changements de comportement qui supposent une meilleure appropriation citoyenne. L’opération de requalification engagée avec Vilogia et Rabot Dutilleul à Mouvaux l’Escalette pour en faire un quartier à énergie positive montre à quel point cet engagement de la population est déterminant.

Rev 3 : dix axes structurants

Lancée depuis cinq ans, la dynamique Rev3 mobilise la région autour d’une ambition : le passage à une économie plus verte, décarbonée et connectée, capable d’irriguer tous les secteurs d’activité.  L’accélération visée pour 2018 et les prochaines années se décline en dix grands chantiers aux échéances plus ou moins lointaines.

rev3Faire de l’A1 un axe dédié à la mobilité durable, capable d’alimenter les véhicules électriques.
rev3Développer une première bioraffinerie pour valoriser les biodéchets.
rev3Aider les industries régionales à exploiter tout le potentiel du numérique.
rev3Constituer un réseau de parcs d’activité énergétique autonomes.
rev3Coordonner la rénovation des bâtiments anciens : logements, quartiers pilotes, lycées…
rev3En lien avec l’industrie ferroviaire régionale, remplacer progressivement les TER actuels par des rames fonctionnant à l’hydrogène.
rev3Mettre en place une filière hydrogène pour fournir des solutions de stockage aux énergies renouvelables.
rev3Développer le modèle de l’économie circulaire, pour mieux mesurer l’impact environnemental d’un produit ou d’un service dès sa conception.
rev3Fonder un « Internet de la logistique » en appliquant aux flux physiques de marchandises les principes des transferts d’informations de l’Internet.
rev3Promouvoir le plan zéro carbone de l’Université de Lille et le projet Live Tree de la Catho, pour aller vers des campus non émetteurs de gaz à effet de serre.

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