Macadam Farm veut créer des fermes urbaines dans les friches

Rev3 avait évoqué le concept des fermes urbaines dans un précédent article, consacré à une initiative montréalaise. Grâce à Macadam Farm, des lieux équivalents pourraient bientôt voir le jour dans les Hauts-de-France : la jeune société se fait fort de reconvertir des friches industrielles à l’abandon en fermes d’un nouveau genre, dans le cadre d’un projet d’économie sociale et solidaire…

Amir Nicolas, Arnaud Hursin et Christophe Bujwol : trois associés pour une même conviction. Bien décidés à démontrer qu’il est possible de faire pousser des légumes en pleine agglomération, hors sol et à deux pas des consommateurs, les trois hommes se sont lancés dans un projet de fermes urbaines, maraîchères et raisonnées. Après une phase de tests réussis dans un démonstrateur de Saint-Martin-lès-Boulogne, Macadam Farm cherche désormais à s’implanter dans la métropole lilloise.

Tout est parti de Boulogne et de l’esprit fertile – ça tombe bien – d’Amir Nicolas. Travailleur social de formation, le trentenaire est alors partie prenante de la déclinaison locale d’un projet européen dédié au jardinage collaboratif. L’occasion d’un déclic : « j’ai réalisé que le bien-être alimentaire est fondamental pour les personnes peu aisées. La question n’est pas seulement celle de l’accès à une nourriture variée mais touche aussi à sa qualité ». D’où l’idée d’une réponse locale, sociale et solidaire : réduire au maximum la distance en cultivant des fruits et des légumes en pleine ville pour diminuer les coûts, sans rien sacrifier à la qualité des fruits et légumes.

Des économies d’eau de 90 %

Si plusieurs modèles de fermes urbaines existent, Amir Nicolas se tourne assez rapidement vers un modèle inédit dans le Boulonnais, l’hydroponie. La pratique, encore rare en France, consiste à faire pousser plantes, légumes et fruits hors sol, en se servant de billes d’argiles comme substrat. Le tout complété par un dispositif d’alimentation en eau en circuit fermé : « on peut tout faire pousser, des plantes aromatiques aux fraises en passant par des salades, du melon ou du piment » s’enthousiasme le jeune entrepreneur de 39 ans. « La seule limite, c’est que cette pratique ne permet pas de produire des plantes à racines comme des navets ou des carottes. » Bio, le procédé est aussi écolo et permet des économies d’eau de 80 à 90 % selon les espèces tout en accélérant largement la phase de maturation : comptez 50 jours pour obtenir des tomates mûres à souhait, contre trois mois en culture classique. Cerise sur le gâteau : la production sous serre permet de cultiver toute l’année une quarantaine de légumes et de fruits distincts, ou presque : quatre semaines sont consacrées au nettoyage et à l’entretien du système hydroponique.

Reste à passer de la théorie à la pratique. Amir Nicolas concilie un temps son métier de travailleur social et la maturation de son projet, en lien avec l’association les Jardiniers du Bitume. Assez vite, l’aspect largement chronophage du projet pousse Amir Nicolas à faire un choix : « l’hydroponie implique des moyens humains conséquents, surtout quand on travaille comme nous sans pesticides. Comme tout repose sur la circulation de l’eau, la terre ne joue pas le rôle de filtre qu’elle a dans l’agriculture traditionnelle. Une maladie peut rapidement s’étendre à toute une récolte si on n’y rend pas garde. Sans compter qu’il faut surveiller de près le PH de l’eau, s’assurer que les plantes reçoivent les bons éléments nutritifs… »

 

Beaux et bons

Amir Nicolas finit par quitter le CCAS pour se lancer dans l’aventure à plein temps. Accompagné par la Fondation Entreprendre dans le cadre de son dispositif Audace, le jeune homme se forme aux incontournables du métier de chef d’entreprise et peaufine son projet. Pour s’assurer qu’il va dans la bonne direction, le jeune homme commence par le tester au sein d’un démonstrateur, avec le soutien de la mairie de Saint-Martin-Boulogne qui met à sa disposition 100 m² de serres municipales.

Idéal pour tester grandeur nature le projet dans tous ses aspects : « cette convention nous a permis de concentrer l’effort sur l’installation du système hydroponique, pour un budget global de 15 à 20 000 euros. » Le succès est rapidement au rendez-vous : non seulement les légumes produits sont beaux, mais ils sont bons. De quoi lever quelques doutes : « comme tout fonctionne avec de l’argile et de l’eau, les gens craignaient de manger des légumes gorgés d’eau », sourit Amir. C’est tout le contraire : à l’occasion d’un événement ad hoc, les meilleurs cuisiniers du Boulonnais ont pu tester et approuver la saveur des produits du démonstrateur. Dans la foulée, Amir Nicolas fonde sa SAS, Macadam Farm, lauréate en 2016 du trophée INNOV’ECO à Paris.

S’implanter en métropole

Reste à passer à la phase d’implantation et de production à échelle réelle. Pour ça, l’entreprise cherche d’abord des terrains en centre-ville avant de se tourner aujourd’hui vers les friches industrielles, nombreuses dans la région. « Rien que sur Lille, Roubaix et Tourcoing, on compte 350 hectares susceptibles d’accueillir des serres comme les nôtres », pointe Amir Nicolas. A 39 ans, le jeune entrepreneur a donc pris son bâton de pèlerin pour convaincre leurs propriétaires de le laisser s’installer sur ces terrains, avec l’ambition de mailler à terme le territoire de fermes de 3000 m², dont 2000 de surface agricole et 1000 autres dédiés au conditionnement ou occupés par des bureaux. Chacune représente un investissement de 250 000 euros, soit « le prix d’un tracteur de nouvelle génération », relève Amir Nicolas qui ajoute que chacune de ces fermes permettrait de créer huit emplois. Des plantes sans terre pour des terres sans plante, en somme…

A terme, un tel maillage permettrait de produire au plus près des consommateurs, des distributeurs et des clients de la jeune société (restaurateurs, distributeurs…) : « nous souhaitons appuyer sur des professionnels de la distribution, qu’il s’agisse d’enseigne de discount comme Lidl ou d’acteurs comme Auchan ou Leclerc, nous sommes en mesure de garantir des produits de qualité à des prix très concurrentiels ».

Le tout sans gêner sur les producteurs locaux : soucieux de travailler à un modèle responsable, Amir Nicolas insiste sur le fait que Macadam Farm produit uniquement des fruits et des légumes importés, qu’aucun producteur des Hauts-de-France ne propose. L’entreprise a ainsi abandonné l’idée de faire pousser des fraises, déjà présentes sur le territoire. Local, équitable, fort de sens : quoi de plus Rev3 ?

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www.macadamfarm.com/
18 rue des 2 Ponts
62200 Boulogne-sur-Mer

contact@macadamfarm.com
Amir Nicolas : 06.58.97.18.38

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