La Machinerie, poisson-pilote du collaboratif amiénois

Tiers-lieu, Fab Lab, espace de coworking… Acteur historique du travail collaboratif à Amiens, la Machinerie fait figure d’ancien dans la capitale picarde : à l’heure où les initiatives voisines se multiplient, l’association suit sa route depuis 2014 et accumule les marques de reconnaissance. 

Tout a commencé dans une voiture en 2011. Sébastien Personne travaille alors sur un projet de robots de mesure acoustique dans le cadre de sa thèse. A la faveur d’un covoiturage, il croise la route d’un informaticien, Jean-Baptiste Heren. De cette rencontre naît l’idée de créer à Amiens un fab lab inspiré des premières expériences alors menées aux États-Unis, souvent sur les campus. En 2012, les deux Amiénois ouvrent un laboratoire dans un petit local de 18 m², vite fréquenté par une cinquantaine de touche-à-tout, intéressés par cette nouvelle manière de travailler et d’échanger.

Au fil des rencontres, d’autres passionnés se greffent au projet initial dont Adrien Bracq, spécialiste de robotique, ou Yann Paulmier, captivé par l’économie collaborative. Un petit noyau qui s’étoffe encore  en 2013 avec l’arrivée d’un groupe de picards de l’association UtoPic, décidé à créer un espace de coworking. De cette série de rencontres naît une association, la Machinerie. En février 2014, elle s’installe dans 180 m², une surface vite multipliée par deux en plein cœur d’Amiens, rue des Jacobins.

Trois fonctions pour un tiers-lieu

Depuis, tout est allé très vite. Après un appel au crowdfunding qui permet à la jeune association de réunir 15 000 euros en quinze jours sur la plate-forme de financement participatif HelloMerci, le bouche à oreilles fait le reste et l’endroit devient vite incontournable dans le paysage amiénois, pour tous ceux qui cherchent à  intégrer une communauté vouée aux échanges, aux rencontres et à une création stimulée par la présence de talents divers en un même lieu.

Le lieu ou plutôt le tiers-lieu : la marque de fabrique de la Machinerie, c’est de ne pas se limiter à un seul espace de coworking, même si ce dernier est l’une des bases de l’association. Classiquement, il permet à des indépendants, des télétravailleurs ou des freelances de bénéficier d’un espace qui offre tous les services de bureaux classiques, de l’accès web haut-débit en passant par des salles de réunion. Le tout en bénéficiant de bouillonnement de rencontres et d’échanges entre des personnes aux parcours et aux projets variés, un décloisonnement qui est à la base du pari de la Machinerie.

Deuxième grand pilier, le Fab Lab, un espace  truffé de machines de fabrication numérique (imprimantes 3D, découpeuses lasers…) en libre accès. L’idée ? Prouver que ces nouvelles technologies de conception et de réalisation ne sont pas réservées à un public d’ingénieurs ou de spécialistes. Conçu pour casser les barrières et attirer de nouveaux publics (jeunes, seniors…) vers la mécanique, la robotique, la programmation ou l’électronique, le Fab Lab de la Machinerie multiplie les initiatives destinées à sensibiliser de nouveaux passionnés : cafés pédagogiques, Fab Managers ou projets spécifiques comme Make It fab, dédié à l’accompagnement numérique pour des jeunes éloignés de l’emploi. L’initiative a été récemment récompensée par la Fondation Orange, au travers d’un prix de 20.000 euros.

Troisième et dernier pilier, la CoBoutique, un espace conçu pour permettre aux adhérents de la Machinerie de tester l’attractivité de leurs produits dans un lieu dédié à la commercialisation. Idéal pour éprouver un modèle économique sans engager de frais de location de locaux…

Mouvement général

Une fois les rails, la Machinerie a vite accumulé les marques de reconnaissance – dernière en date, le Prix National de l’innovation sociale remis en octobre dernier par le Ministère de l’économie et des finances à l’occasion du mois de l’Économie Sociale et Solidaire. Retenue parmi une cinquantaine de candidats, la Machinerie peut y voir une reconnaissance des pouvoirs publics comme des milieux économique – l’association a dédoublé son statut en créant en une entreprise privée parallèle, afin de faciliter les liens avec le secteur privé. Une étape de plus sur une trajectoire qui se poursuit : la Machinerie s’apprête à occuper de nouveaux locaux pour répondre à une demande croissante, passant de 360 à 800 m². De quoi accueillir dans de bonnes conditions ceux qui rejoindront ses 283 adhérents actuels.

L’idée ? Prouver que ces nouvelles technologies de conception et de réalisation ne sont pas réservées à un public d’ingénieurs ou de spécialistes.

Inspirés par le succès de la Machinerie et poussés par un mouvement qui prend une ampleur réelle dans tout le pays, d’autres espaces aux ambitions voisines ont ouvert depuis à Amiens, à commencer par la Tech Amiénoise, la Cantine du Numérique, un incubateur soutenu par la Métropole, ou  la Coloc’, l’espace de coworking lancé par la CCI d’Amiens. Installés rue Auriol, ses 300 m² ont déjà attiré 158 coworkers depuis son ouverture en février 2015. Indépendants, freelances, entrepreneurs… y trouvent tous les services traditionnels d’un coworking– sans oublier l’incontournable babyfoot… – dans des locaux conviviaux, accessibles du lundi au vendredi entre 8h30 et 18h30. Cerise sur le gâteau, la présence régulière de conseillers de la CCI pour accompagner les coworkers dans leurs démarches les plus variées, le tout à des tarifs attractifs : le forfait  nécessaire pour un accès illimité est fixé à 150 €/mois.

En parallèle, c’est tout le tissu amiénois qui passe à l’ère du numérique : plus de 6000 personnes gravitent déjà autour du secteur dans la métropole.

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