Chaumeca, acteur clé d’une région pilote sur le gaz vert

En accueillant 8 des 31 points d’injection de biométhane déjà opérationnels en France, les Hauts-de-France s’imposent comme la région la plus en pointe sur ce gaz vert qui représente une part croissante des volumes distribués par GRdF. Parmi les entreprises emblématiques d’un secteur en pleine croissance, le groupe Chaumeca a récemment reçu le soutien de Cap3RI, le fonds d’investissement dédié à la troisième révolution industrielle.

Si le biométhane ne vous dit rien, ça ne devrait pas tarder. Processus naturel de dégradation de matières organiques, la méthanisation repose sur la valorisation énergétique des déchets issus de l’agriculture (élevage ou cultures) qui débouche sur la production de biogaz. Un processus d’épuration permet d’en extraire le dioxyde de carbone pour faire de ce biogaz du biométhane, équivalent au gaz naturel. Injecté dans les réseaux de distribution en complément du gaz fossile, il a progressivement fait sortir de la dépendance aux énergies fossiles.

Parmi les acteurs clés du secteur, Chaumeca, à Haubourdin. Reprise en 2011 par son dirigeant actuel, Rémy Rochard, l’entreprise spécialisée dans les solutions de traitement air et gaz s’est très vite tournée vers les énergies renouvelables, en se positionnant sur des activités de traitement et de purification du biogaz pour en faire un biométhane exempt de gaz et de polluants : Co2, mais aussi poussières, huiles…

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Rapprochement avec Airflux

Récemment, la PME qui comptait 45 personnes s’est rapprochée d’Airflux, spécialiste de l’air comprimé industriel et partenaire de longue date puisque les sécheurs d’air comprimé et de gaz de Chaumeca sont intégrés dans les centrales distribuées par Airflux. À elles deux, les deux sociétés du nouveau groupe pèsent 250 salariés pour un chiffre d’affaires pro forma de 55 millions d’euros.

En juin dernier, le fonds d’investissement Cap3RI – qui a toujours fait de la méthanisation un enjeu fort dans une région où trois quarts des terres sont agricoles, donc productrices de déchets potentiellement méthanisables – a annoncé son soutien au nouveau groupe à hauteur de 1 million d’euros. De quoi permettre le développement d’une ETI (entreprise de taille intermédiaire) déjà référente sur le marché des énergies renouvelables et de l’intelligence énergétique.

« Après deux années plus délicates liées à la chute des prix du pétrole, nous avons renoué avec une forte croissance depuis près d’un an, ce qui nous permet de tabler sur un doublement de notre chiffre d’affaires dans les 18 prochains mois », explique Rémy Rochard pour qui ce soutien vient à point nommé. « C’est un soutien important qui nous alimente en fonds de roulement et favorise la poursuite de nos investissements. Au-delà de l’épuration du biogaz, nous envisageons de nous positionner sur d’autres marchés comme l’hydrogène et la pyrogazéification* ».

* Cette technique permet de transformer thermiquement des matières organiques pour en tirer à la fois du gaz et des engrais riches en potasse et en oligo-éléments.

Si les projets développés par Chaumeca, qui réalise 40 % de son chiffre d’affaires à l’international, s’étendent depuis longtemps au-delà des Hauts-de-France, la région reste un enjeu d’autant plus central que la filière biométhane s’y densifie et s’y structure. « Nous connaissons une dynamique exceptionnelle dans les Hauts-de-France », estime le dirigeant qui y voit le résultat d’une vision partagée, portée par l’ensemble des acteurs impliqués dans le développement la filière, qu’ils s’agissent d’industriels, d’exploitants, d’élus ou d’acteurs institutionnels comme la CCI de région : « une vraie synergie est née », concrétisée au fil du temps par la naissance du CORBI (Collectif Régional du Biométhane Injecté) puis du cluster Méthania. De quoi donner naissance à un modèle vertueux auquel s’intéressent d’autres régions comme la Bretagne et atteindre l’objectif affiché par Philippe Vasseur, ex-président de la CCI et commissaire spécial à la revitalisation et la réindustrialisation des Hauts-de-France : devenir la région leader de l’injection de biométhane en Europe.

Côté emploi, la hausse des volumes d’activité se traduit très concrètement dans le nouveau groupe. Sur le seul périmètre de Chaumeca, « la montée en charge représente l’équivalent de 25 ETP (équivalents temps plein)  alors que nous sommes aujourd’hui 45. Nous y répondons au travers d’une dizaine de recrutements en CDI et par des CDD, ainsi que par le recours à la sous-traitance », explique Rémy Rochard qui pointe cependant certaines difficultés : « autant nous n’avons pas de problèmes pour recruter des profils chargés de développer l’activité commerciale, autant il est compliqué de trouver des profils de techniciens pour les ateliers : chaudronniers, soudeurs… ». De quoi donner des idées aux organismes de formation…

Méthania, plein gaz vers la transition énergétique

Né en 2015, le cluster Méthania souhaite faciliter l’accès aux marchés de la méthanisation aux PME du Nord Pas de Calais : information sur les opportunités commerciales, networking,  formation, accompagnement, mise en relation avec les donneurs d’ordres… Né d’une coopération entre plusieurs acteurs institutionnels ou privés de la région (CCI des Hauts de France, Pôles d’Excellence Régionaux Energie 2020 et Mecanov’, ADEME, chambre d’agriculture et GrDF), il permet de structurer une filière d’excellence régionale essentielle à la transition énergétique.

Les chiffres clés

En 2017, 31 sites injectent du biométhane dans le réseau exploité par GRdF dont 8 dans les Hauts-de-France. Cela représente une production de 427 GWh par an, soit l’énergie nécessaire pour chauffer près de 35 554 foyers ou faire rouler près de 1 896 bus comme ceux de Transpole, dont toute la flotte (400 véhicules environ) roule au gaz naturel de ville… Un exemple de plus en plus suivi dans le reste de la France, au point que l’Ademe prévoit qu’en 2030, 10 à 15 % du gaz circulant dans le réseau proviendra de la méthanisation avant de devenir majoritaire en 2050. (Sources : Ademe, GRdF)

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